Le terme « sanctification » fait-il partie des mots qui suscitent en nous une forte réaction ? Nous avons peut-être à l’esprit une caricature de la sanctification, et l’image d’une personne sans joie dans sa vie, sans humour, sans liberté, sans aucun plaisir, parce que « Dieu est saint ». Ou bien, nous tremblons peut-être pour une deuxième raison – l’état de notre propre vie. Si nous sommes honnêtes, nous sommes loin d’être dignes de nous tenir dans la présence du Dieu trois fois saint. Plus grave encore, nous avons peut-être rabaissé notre « exigence » à chercher à mener une vie sainte sur cette terre, en prétextant nos faiblesses. Ou bien, nous sommes tout simplement découragés, parce que nous expérimentons beaucoup de difficultés à vivre une vie sainte telle qu’elle est décrite dans la Parole de Dieu, même si nous le désirons par amour pour le Seigneur ! L’Écriture est pourtant très claire : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification ; c’est que vous absteniez de l’inconduite ; c’est que chacun de vous sache tenir son corps dans la sainteté et l’honnêteté, sans se livrer à une convoitise passionnée comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu » (1 Th 4.4- 5).
Le dictionnaire associe l’adjectif « saint » en premier lieu à Dieu comme étant « souverainement pur, parfait »1. Si Jacques et Jean parlent de Dieu comme de « la lumière », je pense qu’une des raisons en est justement qu’il est impossible de « mélanger » ce qui est saint, de le « diluer » avec les ténèbres du péché. Dieu est unique dans tout son être, mais sa sainteté le place en premier à part de tout le reste. C’est cette vérité qui pose les bases de toute définition de la sanctification, car nous avons en Dieu notre parfait modèle, notre « étalon de référence » d’après lequel nous comparerons toute « sanctification » humaine (au lieu de nous comparer « entre nous »).
Un processus actif parce que Dieu en est l’origine
Là où le bât blesse, c’est surtout lorsque nous considérons que nous avons notre part à faire en vue de notre sanctification, comme nous y sommes exhortés en 1 Thessaloniciens 4.4-5, cité ci-dessus. L’apôtre Pierre le souligne, lui aussi, répétant l’exhortation donnée à Israël : « Mais de même que celui qui vous a appelés est saint, vous aussi, devenez saints dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car je suis saint » (1 P 1.15-16). Dieu est saint. Il nous a rachetés, adoptés, il nous a transformés intérieurement, le Saint-Esprit nous habite. La logique est implacable. Si nous sommes enfants de Dieu, cela devrait donc se voir à notre manière de vivre. Il est évident pour toute personne qui ouvre la Parole de Dieu que le Seigneur attend de nous notre participation à son oeuvre de sanctification en nous. Il est « normal » (ou devrait l’être !) d’être saints, parce qu’Il est saint ! Nos progrès dans la sanctification sont actifs, « participatifs », comme nous le lisons aussi en 2 Corinthiens 7.1 : « Puisque nous avons de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en développant jusqu’à son terme la sainteté dans la crainte de Dieu ».
Cependant, une grande partie de ceux qui s’appellent chrétiens mène une vie bien médiocre et loin de la sainteté. Il y a plusieurs raisons possibles à cela : il se peut que certains ne soient pas passés par une réelle conversion, d’autres font preuve de tolérance ou de complaisance avec le péché dans leur vie (cf. 1 Co 3.1-3) ; dans d’autres cas, cela peut être dû à un manque de véritable enseignement de la Parole, ou encore, tout simplement, à la paresse spirituelle. Nous sommes pourtant devenus un royaume de prêtres et une nation sainte (1 P 2.9) ! Comme il est écrit, « Puisque nous avons de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit en développant jusqu’à son terme la sainteté dans la crainte de Dieu » (2 Co 6.16-7.1).
Une sainteté acquise en Jésus-Christ
Nous ne pourrions pas nous sanctifier, bien sûr, si Dieu ne nous avait pas déjà rendus saints, en Jésus-Christ. Si tout n’est pas encore « parfait » en nous dans notre vie sur cette terre, gardons également à l’esprit l’idée que l’accomplissement parfait de notre sanctification aura lieu dans l’au-delà, lorsque nous serons avec le Seigneur, lorsque nous le verrons tel qu’il est, et qu’il nous aura rendus semblables à lui en toutes choses (1 Jn 3.2). Trois considérations complémentaires devraient motiver notre participation active à la sanctification dans ce monde. Premièrement, c’est une façon concrète d’honorer et de glorifier Dieu dans notre vie. Ésaïe dit : « L’Éternel des armées est élevé par le droit, et le Dieu saint est sanctifié par la justice » (És 5.16). Si nous voulons nous sanctifier, Dieu lui-même doit être le centre de notre vie, pas simplement comme « moyen » de sanctification, mais comme son but final.
Deuxièmement, si nous croyons que Dieu nous a sauvés en Jésus- Christ, la seule façon de garder fermement cette assurance, c’est notre sanctification active, quotidienne. C’est là l’un des enseignements de base de la première Épître de Jean2. La sanctification dans notre vie de chaque jour est la « preuve certaine » de la présence du Saint-Esprit en nous, ce qui est essentiel au salut (voir par ex. Rm 8.9). Pour le dire autrement :
La vérité, comme les Puritains et Jonathan Edwards le savaient, c’est que nul état émotionnel, … nulle expérience, ne peuvent être, en euxmêmes, des preuves de la nouvelle naissance, et nous commettrons sans arrêt des erreurs si nous pensons ou jugeons autrement. Seule une vie « présente » de « converti » peut justifier la confiance qu’une personne a été convertie à un point ou un autre de son passé. La seule preuve d’une réelle conversion est de manifester une conversion « présente »3 !
Troisièmement, comme nous l’avons déjà mentionné, il est très clair, d’après les Écritures, que le chrétien est responsable de sa propre sanctification « Car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sanctification » (1 Th 4.3-7). L’oeuvre du Seigneur ne s’arrête pas à la justification des pécheurs. Elle comprend toujours leur sanctification et leur glorification. Voilà pourquoi la Parole de Dieu est totalement étrangère à ce « petit salut », à cette « grâce à bon marché » dont parlait Bonhoeffer, « qui donnerait gratuitement à l’homme perdu l’assurance du pardon de ses péchés et une garantie contre l’Enfer et les tourments éternels, tout en laissant cette créature vivre sous la domination du péché »4. La vie de Christ en nous devrait être visible « de l’extérieur », alors que nous commençons à pratiquer ces oeuvres bonnes pour lesquelles nous avons été créés en Jésus-Christ (Ép 2.10). Un salut qui va bien au-delà du pardon des péchés Une perception juste et une pratique biblique de ce qui est désigné par le mot « sanctification » nous aidera à sortir du débat stérile entre « croire simplement en Jésus comme Sauveur », ou « l’adopter comme Sauveur et Seigneur ». Notre salut est en effet beaucoup plus que le pardon de nos péchés – c’est la manifestation de la vie que Christ nous communique, « l’espérance de la gloire » (Col 1.27). Lorsque nous considérons toutes les promesses que nous possédons en tant que chrétiens pour la réalisation de notre sanctification et la perspective de notre glorification, nous trouvons une motivation qui devrait être plus que suffisante pour nous aider à vivre de manière à glorifier Dieu, dans notre vie quotidienne, en vue de la gloire de Dieu qui nous attend.
En attendant ce moment futur, nous pouvons tout d’abord trouver une bonne raison pour notre sanctification dans ce que le Seigneur a déjà fait pour nous. L’apôtre Paul nous dit que « l’amour de Christ nous étreint » et que nous ne devrions plus vivre pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous (2 Co 5.14-15). Le pardon de nos péchés devient un scandale, s’il ne débouche pas sur une sanctification réelle. Agissons, dans cette vie, sur terre, par reconnaissance pour ce que le Seigneur a accompli pour nous sur la croix et dans sa résurrection. « Si donc quelqu’un se purifie, il sera un vase d’un usage noble, sanctifié, utile à son maître, propre à toute oeuvre bonne » (2 Tm 2.21).
La sanctification par la réforme de l’intelligence
Un deuxième aspect de l’oeuvre de Dieu en nous concerne le renouvellement de notre intelligence. Paul exhorte les chrétiens de Rome à être « transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin (de discerner) quelle est la volonté de Dieu » (Rm 12.2). Il donne un conseil semblable aux chrétiens d’Éphèse, en ajoutant que c’est l’Esprit qui accomplit ce renouvellement (Ép 4.23), ce qui leur permettra de revêtir l’homme nouveau et de comprendre comment agir pour glorifier Dieu. Puisque le Saint-Esprit habite en nous, nous avons donc le choix et la responsabilité d’agir différemment. C’est ainsi que, par l’oeuvre de l’Esprit, nous faisons mourir les actions de la chair (Rm 8.13). Sans l’oeuvre de Dieu dans notre vie, et l’aide toujours présente de son Esprit saint qui prend la Parole de Dieu pour l’appliquer à notre vie, nous ne pourrions jamais avancer dans notre sanctification, même avec toutes les connaissances, la meilleure volonté et les meilleurs sentiments qui puissent exister dans ce monde !
La sanctification par l’imitation du modèle suprême
Le Seigneur répète plusieurs fois que nous devons être saints parce que lui-même est saint5. Un peintre observe toujours un modèle pour faire ses portraits, s’il veut que ces derniers soient ressemblants. Si la sanctification est un sujet aussi difficile, c’est peut-être en grande partie parce que nous sommes devenus trop familiers avec Dieu et pas assez conscients de sa sainteté, de sa majesté et de sa gloire. « De nos jours, nous devons commencer à redécouvrir le sens du respect et d’une profonde vénération de Dieu. Nous devons commencer à le regarder de nouveau dans sa majesté infinie qui seule appartient à celui qui est le Créateur et le Souverain suprême de l’univers entier »6. Nous qui professons être ses enfants, reflétons-nous réellement la gloire de sa sainteté dans notre vie ? Dans la sanctification, nous ne pouvons pas nous contenter d’une simple contemplation. Lorsque nous voyons Dieu tel qu’il est, il devrait se produire des changements dans notre façon d’agir. Notre connaissance de Dieu ne peut pas laisser notre vie telle qu’elle était avant de l’avoir rencontré.
La sanctification nous éclaire sur la réalité de notre péché
L’un des changements touche directement à notre façon de considérer le péché. Souvent, elle est plus égocentrique que théocentrique : Jerry Bridges affirme : « Je veux dire par là que nous nous préoccupons davantage de nos victoires personnelles sur le péché que du fait que celui-ci afflige le coeur de Dieu »7. Lorsque nous prenons profondément conscience que Dieu lui-même tient en horreur le péché, et quel prix il a payé pour nous réconcilier avec lui, nous voyons, nous aussi, le péché autrement. « Sommes-nous disposés à appeler un chat un chat, et un péché un péché, peu importe qu’il soit grand ou petit, tout simplement parce que la Loi de Dieu le réprouve ? Toute tolérance vis à vis du péché est incompatible avec une vie de sainteté ! »8. Packer dit : « Une opposition efficace contre une vie de péché peut être manifestée seulement par le fait de mener une vie sainte ! »9. Ryle exprime cette idée avec force : « Je doute que nous puissions dire qu’un homme soit converti sans être consacré à Dieu ! Davantage consacré, sans doute, oui, et il le sera avec plus de grâce ; mais s’il n’a pas été consacré à Dieu le jour où il a été converti et né de nouveau, je ne sais plus quel est le sens du mot conversion…. Là où il n’y a pas de sanctification, il n’y a pas de régénération, et là où il n’y a pas de vie sainte, il n’y a pas de nouvelle naissance »10. Owen écrit de son côté :
Il n’y a pas d’imagination plus « bête », plus pernicieuse, que la suivante : que des personnes impures, non sanctifiées, non rendues saintes dans leur vie, puissent être amenées ensuite dans cet état béni qui consiste à jouir de la présence de Dieu. De telles personnes ne peuvent pas jouir de Dieu, et Dieu ne sera jamais une récompense pour eux. La sanctification est rendue parfaite au ciel : mais son commencement est invariablement situé dans ce monde11.
Il est impossible d’interpréter des passages tels que 2 Pierre 1.3-11 autrement que comme un commandement d’agir. Parce que nous avons tout reçu de Lui, nous sommes devenus aveugles et il est évident que nous n’avons rien compris au pardon de nos péchés si nous restons passifs. Ryle ajoute : « Sans nul doute les Écritures nous enseignent que, pour s’appliquer à la sainteté, le vrai chrétien doit faire preuve d’autant d’efforts et de discipline personnels que de foi »12.
Lorsque nous essayons de mettre cet enseignement en pratique, nous nous heurtons aux restes de la corruption qui nous caractérisait avant notre conversion (Rm 7.13-25). Mais l’Écriture nous livre deux clés pour progresser dans la sanctification.
1) Nous sommes d’abord invités à demeurer en Christ. Jésus luimême précise en quoi cela consiste : nous devons rester attachés à lui, tels les sarments au Cep (Jn 15.1-8). Mais nous ne devons pas rester passifs en cela : car il nous exhorte aussi à demeurer dans sa Parole (Jn 8.31) et à ce que ses paroles demeurent en nous (Jn 15.7). Le Saint-Esprit utilise toujours la Parole afin de nous conformer à l’image du Fils ! Tout effort de sanctification qui ne commence pas de cette façon-là va vite se déformer, et dégénérer en système plus ou moins légaliste selon son orientation.
2) Une autre clé est notre crucifixion avec Jésus. Paul écrit en effet : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Christ-Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême, afin que, comme Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie » (Rm 6.3-4). Le fait de considérer que nous avons été crucifiés avec Christ doit produire un résultat pratique et concret dans notre vie. La conclusion que Paul tire de cette identification à Christ, c’est que notre façon de vivre doit changer. Nous ne sommes plus esclaves du péché, mais nous sommes devenus esclaves de Dieu et nous devons vivre volontairement en tant que tels, ce qui implique concrètement de produire pour fruit une vie sainte : « vous avez pour fruit la sanctification et pour fin la vie éternelle » (Rm 6.22).
Se sanctifier, c’est revêtir l’homme nouveau
Concrètement, dans la pratique, nous devons faire trois choses : « Nous dépouiller, à cause de (notre) conduite passée, de l’homme (ou de la femme) que nous étions autrefois et qui se corrompait en suivant ses désirs trompeurs, être renouvelés par l’Esprit dans notre intelligence, et revêtir l’homme nouveau (ou la femme nouvelle), créé par Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » (Ép 4.21-24). Sans que cela vaille absolument pour tout dans notre vie, nous sommes des créatures d’habitude. Si nous devions réfléchir chaque matin à la manière de nous lever, de marcher, de nous habiller, nous n’aurions pas le temps de faire quoi que ce soit d’autre. Notre vie spirituelle reflète cette même vérité. Ce texte (et sa suite en Ép 4.25-6.18) enseigne que nous devons participer activement au renouvellement de notre être, en nous revêtant de ces saintes habitudes que la Parole engendre en nous par l’oeuvre du Saint-Esprit. Jay Adams dit à ce sujet : « Nous sommes nés pécheurs, mais il nous a fallu de l’exercice pour développer notre manière propre de pécher. Notre ancienne vie a été formée à l’impureté »13. Nous devons donc nous employer activement à nous revêtir de ces attributs qui plaisent à Dieu. Nous devons nous entraîner, afin qu’ils remplacent nos anciennes habitudes de péché, pour nous former à la sainteté. (Le fait de parler d’habitudes n’enlève rien à notre responsabilité ; conduire une voiture, c’est toute une série d’habitudes acquises, mais nous sommes quand même tenus pour responsables de toute violation du code de la route !) Ainsi, tout enseignement sur la sanctification qui omet de parler de la persévérance qui produit de saintes habitudes est déficient.
L’habitude est le moyen ordinaire de l’Esprit pour nous amener vers plus de sanctification. Les artistes et les sportifs comprennent le prix qu’ils doivent payer pour devenir les meilleurs dans leur discipline, et cela pour obtenir une « couronne corruptible ». En tant que chrétiens, avonsnous honte de notre peu d’empressement à nous entraîner à la sainteté ? Pourtant, le résultat final est garanti grâce au Seigneur, alors que toutes ces autres choses après lesquelles nous courons vont disparaître !
Sanctification et Église locale
Tout en étant des personnes sauvées par la grâce de Dieu, nous faisons aussi partie d’un seul corps. Nous ne devons jamais perdre de vue que « le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier » (Ép 5.25-26). Il faut donc considérer également notre sanctification collective. N’oublions jamais qu’une des images de notre glorification, c’est en tant qu’Épouse de l’Agneau, qui s’est préparée pour les noces célestes, vêtue de fin lin, éclatant et pur (Ap 19.7-8).
Si nous pouvons affirmer que nous manifestons notre appartenance à l’Église invisible de Jésus-Christ par notre fréquentation d’une Église locale, combien plus nous devons considérer l’aspect communautaire de notre sanctification en tant que membres du corps ! Nombreuses sont les exhortations ayant trait à notre communion avec le reste du corps. Nous pouvons les résumer ici en citant Hébreux 10.23-25 : « Confessons notre espérance sans fléchir, car celui qui a fait la promesse est fidèle. Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et aux oeuvres bonnes. N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns, mais exhortons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez le Jour s’approcher ».
Notre confession d’amour pour Dieu sonne bien faux si nous ne passons jamais un moment à l’adorer publiquement, si nous ne sommes jamais avec nos frères et soeurs en la foi ! Bien plus, le Seigneur a promis sa présence « là où deux ou trois sont assemblés en son nom » (Mt 18.20). Notre fréquentation régulière du culte et des réunions d’Église, notre participation à l’enseignement de la Parole et à la Table du Seigneur ne peuvent pas exister hors du contexte du corps de Christ. Nous avons aussi besoin de modèles à imiter pour notre propre vie. L’apôtre Paul pouvait en effet écrire : « Soyez mes imitateurs, frères ; portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous… » (Ph 3.17). Nous ne devons pas oublier l’importance de cette vérité. Il est essentiel de comprendre ce qu’est la vie d’Église, et de donner de l’importance à sa bonne marche, car c’est pour l’Église que Christ est mort ! Et c’est aussi dans la vie de l’Église que nous trouvons les fonctions vitales du corps, qui nous permettent, en tant qu’individus, en tant que membres du corps, de parvenir à la maturité. Il s’agit surtout de la maturité du corps ! Et les ministères qui s’exercent dans le corps ont pour visée « que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ…. De lui, le corps tout entier bien ordonné et cohérent, grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortement, tire son accroissement dans la mesure qui convient à chaque partie, et s’édifie lui-même dans l’amour » (Ép 4.11-16).
Conclusions
Nous avons brièvement vu les différents principes qui doivent gouverner notre conduite, sans pour autant en trouver une ligne qui, soigneusement appliquée, garantira le succès total de notre participation â cette oeuvre. Essayons d’en résumer les différents aspects, afin de comprendre comment être saints, comme le Seigneur lui-même est saint.
Premièrement, nous avons vu que notre sanctification est l’oeuvre de Dieu en nous, même si nous devons y participer activement. Que cela soit pour nous une source d’encouragement, puisque nous ne sommes pas laissés orphelins (Jn 14.18) ! Ne nous perdons pas dans des discussions stériles, mais appliquons-nous à vivre selon la lumière que nous avons reçue, marchons dans la lumière, comme le Fils est lui-même dans la lumière (1 Jn 1.7) ! C’est cela, la question essentielle concernant notre sanctification : les résultats visibles dans notre vie !
Deuxièmement, si nous n’expérimentons pas une réelle sanctification dans notre vie, nous devons nous poser la question de savoir si nous sommes vraiment nés de nouveau ! Parce que nous ne voyons que « l’homme extérieur », nous savons que certains parmi nous ont l’apparence de la foi, mais n’en ont pas la puissance. Sans la nouvelle vie, même si nous pouvons améliorer notre conduite, nous ne pourrons jamais devenir plus saints ! Il y a aussi la question de la tolérance du péché dans notre vie. Si nous persistons dans le péché, tout en aspirant à une vie plus sainte, il est évident que c’est parce que nous trouvons un certain plaisir au péché. Nous luttons intérieurement, certes, mais cela ne peut jamais être une excuse pour continuer à pécher. Si la vie de Jésus se manifeste en nous, tout doit changer, même si les progrès sont parfois lents, et que nous pouvons souvent retomber. Un enfant qui apprend à marcher ne le fait pas instantanément ! Est-ce que nous progressons vers l’état d’hommes faits ?
Lorsque nous parlons des moyens pratiques pour grandir dans la sainteté, ne cherchons pas un nouveau système de règles ou d’idées. L’Esprit de Dieu nous habite, et Dieu nous a donné sa Parole pour nous guider. C’est elle, notre « système », notre référence pour tout ce que nous faisons. Ne la limitons pas en établissant notre propre liste de choses à faire, et d’autres à éviter. Nous sommes appelés à vivre conformément à la vie du Fils de Dieu, ce qui va beaucoup plus loin que de se conformer à une quelconque liste de règles. Jésus est venu pour faire la volonté de Dieu (Hé 10.7). Cela doit nous conduire à considérer à chaque instant si c’est réellement notre désir de faire sa volonté qui nous fait agir, ou si nous sommes en train de vivre à nouveau comme des non chrétiens.
Ne nous désespérons pas face à nos difficultés, car nous devons progresser dans la sanctification, si du moins nous progressons ! Ne regardons pas en nous-mêmes pour voir si nous avançons, mais fixons nos regards sur Jésus, l’auteur de notre foi et celui qui la mène à la perfection (Hé 12.2). Nos luttes, ce sont les preuves que Dieu est à l’oeuvre en nous, et ce sont les occasions de montrer que nous vivons pour lui, que nous n’appartenons plus à ce monde. De plus, si Dieu a élevé Jésus à la perfection par la souffrance (Hé 2.10), nous ne devrions pas nous plaindre du fait qu’il agisse dans notre vie de la même façon. Mais persévérons, pour devenir saints dans toute notre conduite !
« Que le Seigneur fasse abonder et déborder votre amour les uns pour les autres et envers tous les hommes, à l’exemple de celui que nous avons pour vous ; qu’il affermisse vos coeurs pour qu’ils soient sans reproche dans la sainteté devant Dieu notre Père, à l’avènement de notre Seigneur Jésus avec tous les saints ! » (1 Th 3.12-13).
HENRY OPPEWALL
NOTES
1 Petit Larousse Illustré 2007, Librairie Larousse, Paris, 2006.
2 Voir par ex. 1 Jean 2.3, 24-28 ; 3.1-3, 10, 14, 24 ; 4.6, 13, 17 ; 5.1-2 ; 11-13.
3 Packer, James I., Keep in Step with the Spirit (Fleming H. Revell Company, Old Tappan, N.J., 1984), p. 69-70.
4 Racine, Gaston, Médiocrité ou Sainteté, (Éditions Mahanïm, Librairie Robert Mudry, Lausanne, Suisse, 1971) p. 81.
7 Bridges, Jerry, Vers Une Vie Sainte, (Navpresse, Strasbourg, 1983), p. 16.
11 Ryle, note p. 24, qui cite John Owen On the Holy Spirit, p. 575. (Goold’s edition).